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Aux Etats-Unis, ces milliards perdus dans les technologies vertes

Aux Etats-Unis, ces milliards perdus dans les technologies vertes

Le mouvement de fond devient de plus en plus visible aux Etats-Unis. Alors que l’administration Trump bataille contre les énergies vertes, des entreprises étrangères impliquées dans le secteur cherchent une porte de sortie. Surtout les sociétés chinoises, qui multiplient les annonces de retrait ces dernières semaines. Jinko Solar, l’un des principaux fabricants mondiaux de panneaux solaires, vient de céder le contrôle majoritaire de son site en Floride à un fonds d’investissement privé. Un exemple suivi par la Ningbo Boway Alloy Material Co., dont les actifs seront bientôt vendus au groupe indien INOXGFL. Fin avril, le fabricant de batteries au lithium, Automotive Energy Supply Corporation (AESC), a aussi cédé une participation majoritaire de son usine du Tennessee à Fixx Energy, un concurrent américain.

Cette dynamique a de quoi ravir Donald Trump. Depuis son retour au pouvoir, le président républicain cherche à la fois à réduire le soutien public aux énergies vertes… et à restreindre l’accès des entreprises chinoises au marché américain. Avec sa One Big Beautiful Bill, signé l’été dernier, il a imposé de nouvelles restrictions aux crédits d’impôt mis en place par l’Inflation Reduction Act (IRA), l’ambitieux programme de transition énergétique de son prédécesseur Joe Biden. Il en a également profité pour renforcer la pression sur les entreprises liées à des entités étrangères. « Le signal politique envoyé par Washington est très clair : ne venez pas, car nous créerons autant d’incertitude et de risques que possible pour votre activité », résume Li Shuo, directeur du programme sur la Chine et le climat à l’Asia Society Policy Institute.

Un message reçu cinq sur cinq. D’après une étude de Rhodium Group, plus de la moitié des investissements chinois annoncés depuis 2022 dans les technologies propres ont été supprimés, suspendus ou reportés. Rien qu’en 2025, 95 projets industriels, pour un total de 46 milliards de dollars, ont été annulés. Le secteur des batteries de véhicules électriques a été le plus touché, avec près de 11 milliards d’investissements envolés – soit dix fois plus que l’année précédente. Celui du solaire a aussi eu son lot de projets avortés ou ajournés, à hauteur d’un milliard de dollars. En parallèle, certains groupes chinois commençaient déjà à se désengager de certaines de leurs activités sur le territoire américain. Comme JA Solar, qui a vendu l’été dernier son site de production de cellules photovoltaïques en Arizona à l’américain Corning Incorporated. Sauf signaux contraires venant de Washington, l’hémorragie devrait se poursuivre.

Bientôt l’Europe ?

La stratégie impulsée par Donald Trump, pleinement assumée, comporte pourtant au moins deux angles morts. Le premier : elle complique encore un peu les objectifs de décarbonation du pays, même si le président américain n’y accorde aucune importance. Le second : « Il est difficile d’imaginer que les Etats-Unis puissent atteindre leurs ambitions industrielles sans coopérer d’une manière ou d’une autre avec les entreprises chinoises, qui proposent aujourd’hui les solutions d’énergie propre les plus compétitives au monde », explique Li Shuo.

Un constat aussi valable pour l’Europe, en pleine quête de souveraineté. Le Vieux Continent ne profitera pas nécessairement d’une redirection des investissements non réalisés sur le sol américain. Au contraire, la même dynamique pourrait s’observer de part et d’autre de l’Atlantique. « Du point de vue des entreprises chinoises, des initiatives comme l’Industrial Accelerator Act témoignent d’une volonté croissante de contrôle et de restriction », poursuit l’expert. Les décisions récentes de l’Allemagne et du Royaume-Uni d’exclure, pour des raisons de sécurité nationale, le turbinier chinois Ming Yang de certains projets d’éolien offshore, renforcent l’idée d’un environnement de plus en plus fermé.

« Cette ‘question chinoise’, à savoir si un pays doit accueillir, rejeter ou examiner de près ses investissements et technologies dans les énergies vertes, devient l’un des aspects les plus déterminants de l’histoire énergétique mondiale, conclut Li Shuo. Nous ne pouvons plus prétendre que demeure vrai le récit bien établi selon lequel la transition est inévitable parce que les énergies renouvelables sont bon marché. Elles ne le sont pas, sauf si l’on s’approvisionne en équipements chinois. » Un casse-tête pour Washington… comme pour Bruxelles.



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Author : Baptiste Langlois

Publish date : 2026-05-22 05:30:00

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