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« Il faut arriver à faire sortir la génération Z de sa tanière » : le sombre diagnostic de Pierre Valentin

« Il faut arriver à faire sortir la génération Z de sa tanière » : le sombre diagnostic de Pierre Valentin

C’est une génération née entre 1995 et 2013 à qui on prête beaucoup de maux : crise de la santé mentale, réseaux sociaux et smartphones, Covid, angoisses face à l’apocalypse climatique et désormais intégration sur le marché du travail qui risque de se compliquer avec l’intelligence artificielle. Dans Malaise dans la génération Z (Gallimard), l’essayiste Pierre Valentin ausculte cette « Gen Z » à laquelle il appartient. En s’appuyant sur la littérature anglophone (Jonathan Haidt, Jean Twenge…) comme française (Hugues Lagrange, Vincent Cocquebert…), il avance des causes à son mal-être, y voyant avant tout une crise morale.

Dans un grand entretien pour L’Express, Pierre Valentin développe les différentes raisons de cette détresse des jeunes Occidentaux, explique pourquoi l’avenir semble désormais bien incertain et montre comment, à gauche comme à droite, le monde paraît de plus en plus violent alors même que les statistiques disent le contraire. De quoi aboutir à la génération la « plus indoor » de l’histoire de l’humanité… Entretien.

L’Express : « Cette génération, c’est son premier trait flagrant, souffre vraiment » écrivez-vous d’emblée à propos de la « Gen Z »…

Pierre Valentin : Quand, comme l’estiment les instituts Montaigne et Terram, un quart des 15-29 ans en France souffrent de dépression, cela devient un fait social total. En 2021, le Youth Risk Behavior Survey nous dit que 10 % des lycéens américains ont cherché à se suicider. J’avance dans le livre six causes à cette détresse des jeunes gens d’Occident. Il y a d’abord la « numérisation » depuis le tournant des années 2010, avec un usage massif des réseaux sociaux et des écrans, un effondrement de la concentration, des difficultés à nouer des engagements durables et une survalorisation du regard social. Il y a ensuite la gestion du Covid-19 qui a provoqué une deuxième cassure dans de nombreuses courbes sur la santé mentale, créant une parenthèse particulièrement difficile à supporter pour la jeunesse d’un point de vue psychique. Troisièmement, on constate un effondrement de l’avenir, processus enclenché depuis les années 1980. Quatrièmement, la radicalisation idéologique d’une partie de la jeunesse ces quinze dernières années semble avoir considérablement joué sur l’équilibre psychique, à travers des idéologies diffusant un mode de pensée victimaire. Cinquièmement, l’individualisation de la société, entamée dès le milieu des années 1960, a été si fulgurante que les zoomeurs feraient presque passer les boomeurs pour une génération collectiviste. Enfin, et c’est la cause la plus contre-intuitive : la culture thérapeutique, qui dépasse la simple consultation de psys pour envahir toute notre culture (En Thérapie, HPI…), a dans certains cas pu aggraver la crise de la santé mentale qu’elle prétend résoudre.

Certains discours techno-optimistes promettent aux jeunes un avenir radieux, d’autres spécialistes de l’IA annoncent une « apocalypse des emplois ». Selon vous, c’est justement cette illisibilité de l’avenir qui alimente l’anxiété de cette génération…

71 % des 18-24 ans en France expriment leurs difficultés à « se projeter dans le futur ». La génération du baby-boom, qui a grandi dans les années 1950, souffrait d’une trop grande lisibilité de l’avenir, étant souvent destinée à des métiers précis. Il y avait un côté monotone qui pouvait être à sa façon source de mal-être. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Qui peut dire à quoi ressemblera le marché de l’emploi dans un an et demi avec l’IA ? Qui peut prédire la situation géopolitique dans six mois avec Donald Trump ? Cette certitude de l’incertitude est difficile pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les jeunes qui ont l’essentiel de leur vie devant eux, mais ne savent pas à quoi s’attendre.

Vous n’êtes donc pas surpris par le fait que ce soient les jeunes, censés être les plus technophiles, qui sont aujourd’hui à la pointe de la révolte contre l’IA ? L’ancien patron de Google Eric Schmidt s’est par exemple fait huer à l’université de l’Arizona dès qu’il a mentionné le sujet…

Non. Même si son impact économique reste encore flou, l’IA a quand même l’air de geler les embauches sur toute une tranche d’âge. On en revient toujours à cette idée d’incertitude. Peut-être qu’il y aura un chômage de masse inimaginable dans quelques années, ou au contraire une abondance comme l’envisagent Ezra Klein et Dereck Thompson dans leur best-seller Abundance. On ne sait pas. Même chose pour le nucléaire. Avec la fission ou la fusion, cette technologie pourrait nous apporter une source exceptionnelle d’énergie propre et peu coûteuse, mais elle risque aussi d’annihiler la planète entière. Dans les scénarios techno-optimistes comme techno-pessimistes, l’avenir est incertain et sera le lieu de bouleversements inconcevables.

C’est l’une des grandes intuitions du sociologue américain Christopher Lasch. Dans son avant-dernier livre, il explique que le progrès technique ne rend pas seulement la vie plus confortable : il la rend aussi plus complexe. Il multiplie les possibles. Les jeunes sont aujourd’hui confrontés à une infinité de possibles, ce que le psychologue Barry Schwartz a nommé le « paradoxe du choix » : passé un certain stade, la quantité de choix finit par aliéner plutôt qu’émanciper. Quand il y a trop de yaourts différents dans les rayons, on prend toujours le même, car le fait de trier entre les offres est long et pénible. Les moins de 35 ans utilisent d’ailleurs l’IA comme coach de vie. Ils présentent à Claude ou ChatGPT ce qu’ils ont dans le frigidaire, et lui demandent de leur faire les menus pour la semaine. Récemment, j’ai aperçu dans un TGV une jeune femme demander à son téléphone si elle devait aller ou non à une soirée avec des amis. On se décharge des choix importants de sa vie en les déléguant à une intelligence artificielle.

Comment expliquer que les jeunes ne se soient pas plus opposés aux réseaux sociaux, alors qu’on connaît leurs effets néfastes en matière de concentration ou de santé mentale ?

Les jeunes ont un rapport paradoxal à ces réseaux sociaux. Ils savent qu’ils ne peuvent pas s’en passer, mais ne se sentent pas libres par rapport à ça et ont le sentiment d’y consacrer trop de temps. Dans les sondages, on voit qu’ils aimeraient s’en défaire, mais que ce n’est possible que si les autres faisaient de même, pour éviter l’exclusion sociale. C’est donc un problème foncièrement collectif.

Le bitcoin est une forme de bunkérisation économique

Vous parlez dans votre ouvrage de « progressisme nostalgique ». Que voulez-vous dire ?

Quand l’avenir est difficile à lire, il y a une soif paradoxale de nostalgie. Face à un futur complexe, le passé apparaît comme d’autant plus simple. En théorie, il resterait encore le présent, mais ce dernier bouge lui-même si vite qu’il est difficile à saisir. Ainsi, quand l’avenir est illisible et que le présent est fluide, il ne reste plus que le passé comme point d’appui symbolique.

Ce qui me frappe, c’est que cette nostalgie ne touche plus seulement les conservateurs. Elle touche aussi des milieux qui, historiquement, étaient optimistes : les libéraux en économie, qui croyaient au progrès par le marché, et les progressistes culturels, qui croyaient au progrès par l’émancipation. Le fait que ces deux familles soient aujourd’hui, elles aussi, à ce point tournées vers le passé montre à quel point l’avenir s’est effondré comme horizon désirable. Dans les podcasts de la droite américaine, par exemple, l’or est souvent présenté comme une valeur stable dans un monde gazeux, fluctuant, insaisissable. « Achetez de l’or » : derrière cette injonction, il y a l’idée qu’il faut se recroqueviller sur une valeur supposément sûre.

Je trouve aussi que la passion pour le bitcoin et les monnaies numériques a quelque chose de sécessionniste et de survivaliste. Il y a l’idée implicite que le système économique institutionnel – la BCE, le FMI, les banques centrales, les Etats – serait devenu opaque, empilé, suspect, « de mèche ». Le bitcoin permet alors de se défaire symboliquement de ce système et d’anticiper son effondrement. C’est une forme de bunkérisation économique. On ne se projette plus dans un avenir commun ; on cherche une réserve, une valeur refuge. Cela dit quelque chose de notre époque : quand l’avenir collectif paraît trop instable, chacun cherche son petit dispositif de survie, gonfle son canot de sauvetage.

En quoi la « culture thérapeutique » et l’obsession actuelle pour la santé mentale seraient-elles, comme vous l’affirmez, contre-productives ?

A droite, certains affirment parfois que la crise de la santé mentale chez les jeunes serait purement basée sur du déclaratif, et gonflée artificiellement dans les chiffres, au prétexte que par le passé, les gens ne savaient tout simplement pas ce qu’était une dépression ou n’avaient pas le luxe de s’en préoccuper. S’il y a une petite part de vrai, la crise actuelle est objectivable via des données qui ne sont pas basées sur du déclaratif, comme le taux de suicide ou les hospitalisations pour automutilation. En revanche, pousser les gens à s’identifier d’un point de vue identitaire à un trouble peut parfois les décourager de s’en défaire. Selon la psychologue américaine Jean Twenge, 42 % de la nouvelle génération a reçu un diagnostic de trouble mental, « rendant ainsi la normalité de plus en plus anormale ». Certains diagnostics pour HPI, TDAH ou autisme peuvent se muer en identités. C’est une définition de soi rapide, qui permet de se distinguer de ses camarades, et c’est une identité qui paraît de surcroît « tamponnée » par la science.

Et pourquoi la radicalité idéologique nuirait-elle à l’équilibre psychique des jeunes ?

Il n’y a pas vraiment à ma connaissance de travaux sur le sujet en France, contrairement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où l’on a constaté une corrélation entre radicalisation idéologique à l’extrême gauche et essor des troubles mentaux. Par ailleurs, ce phénomène ne concerne que les jeunes. Les convictions politiques n’ont aucune valeur prédictive sur la santé mentale chez les plus de 30 ans. Comme pour les écrans, il y a eu une cassure au début des années 2010. L’une des explications possibles est le plus fort sectarisme. Avec une sociabilité ancrée dans le numérique, les jeunes ont aujourd’hui moins d’amis proches au même âge que leurs parents. Si par-dessus cela on met un terme aux dernières relations amicales pour motif de divergences idéologiques, cela a mécaniquement un effet de plus grand isolement. Aux Etats-Unis, 45 % des zoomeurs progressistes seraient ainsi prêts à mettre fin à une amitié si leur ami a exprimé un avis politique qu’ils trouvent « inapproprié ». C’est presque deux fois plus que leurs homologues modérés ou conservateurs (24 %).

Une deuxième explication, c’est que le wokisme consiste à être « éveillé » aux discriminations omniprésentes et « systémiques ». La psychologue Jean Twenge s’étonne par exemple de voir qu’alors que les opportunités professionnelles pour les jeunes femmes ne cessent de s’améliorer de décennie en décennie, ces dernières perçoivent toujours plus de discriminations à leur égard. Or cette grille de lecture systémique, dans laquelle un système néfaste maîtriserait l’intégralité de nos vies, n’encourage pas à se considérer comme responsable de son propre destin. C’est là encore une conséquence de la trop grande pression que l’individualisation de la société fait peser sur les individus. Face au trop grand choix auquel nous faisons face, il peut être tentant de se décharger de sa responsabilité en imputant tout à des systèmes malfaisants, des traumatismes passés ou des proches « toxiques »… La volonté de se décharger de sa responsabilité me semble vraiment l’un des fils rouges communs à cette génération. Cela prend plein de formes, que l’on pourrait caricaturer de la façon suivante : « J’ai eu un trauma il y a dix ans, donc ma mauvaise note n’est pas de ma faute. » Chez les complotistes, cela peut devenir : « C’est à cause de Von der Leyen que je n’ai pas trouvé de travail. »

L’individualisme, serait donc selon vous le dénominateur commun de l’incertitude, des troubles mentaux, du rapport aux écrans…

En remontant à la fin du XIXe siècle, le sociologue Hugues Lagrange montre que les zones dans lesquelles l’individualisation a commencé, notamment les zones historiquement protestantes, sont aussi celles où apparaissent les premières formes de dépression et de troubles psychiques, les premières « maladies du bonheur ». Et cette intuition rejoint ce que dit un autre sociologue, Alain Ehrenberg. Selon lui, nous sommes passés des années 1950-1960 à aujourd’hui d’un binaire « permis / défendu » à un autre binaire : « capable / incapable ». Dans le premier cas, la question centrale était : qu’ai-je moralement le droit de faire ? Qu’est-ce qui m’est interdit ? Dans les cas pathologiques, cela produisait des patients névrosés, travaillés par la culpabilité. Ehrenberg a une très belle formule : « ce qui est une condition de la civilisation bascule dans un raté de la personne ». Aujourd’hui, la question est tout autre : suis-je capable d’être performant, autonome ? Suis-je à la hauteur de la cadence attendue ? Nous sommes entrés dans une logique de performance généralisée… « L’homme en panne », aujourd’hui, c’est celui qui n’arrive pas à suivre le rythme moderne. C’est une pression immense. D’où cette volonté de se décharger de sa responsabilité et de trouver des boucs émissaires systémiques.

Il y a dans ma génération une soif implicite de limites

Selon vous, un autre marqueur important de cette génération est qu’elle perçoit le monde comme étant de plus en plus menaçant, alors que les statistiques disent souvent le contraire. C’est vrai à gauche comme à droite, mais de façon différente…

Il y a une tentation « fœtale », une volonté de recréer ses premiers instants d’une certaine façon. On pourrait dire que l’intérieur de notre bulle doit être en mousse, moelleuse, confortable, tandis que l’extérieur doit être en béton, car elle doit nous protéger d’un monde perçu comme étant de plus en plus menaçant et violent. L’imaginaire survivaliste est omniprésent dans la culture populaire, à l’image des séries postapocalyptiques et de celles sur les zombies. A gauche comme à droite, la question de l’insécurité est omniprésente. « Ensauvagement » et « décivilisation » d’un côté, « violences sexistes et sexuelles », « casse sociale » et « traumatisme » de l’autre, ces rhétoriques témoignent d’un monde où tout argument susceptible de convaincre doit être formulé dans un langage sécuritaire. Dans les universités, quand on veut faire annuler un conférencier il faut démontrer qu’il met en danger la « sécurité émotionnelle » des étudiants. Une opinion divergente peut devenir une « micro-agression ». A droite, ça n’est pas d’abord la hantise de perdre une culture commune qui a rendu l’opinion massivement défavorable à l’immigration extra-européenne mais avant tout la question de l’insécurité physique. Quand on parle « d’insécurité culturelle » aujourd’hui, c’est d’ailleurs une tentative de crédibiliser le second mot en l’associant au premier, plutôt que l’inverse.

Vous qualifiez même notre société de « néo-hobbésienne ». Qu’entendez-vous par là ?

Thomas Hobbes a écrit au XVIIe siècle dans un contexte de guerre civile religieuse. Chez lui, on ne parle évidemment pas de « sécurité émotionnelle » ni de « micro-agressions » : on parle de sécurité physique, et d’agressions. La différence avec aujourd’hui, c’est que notre définition de la violence et de la sécurité ne cesse de s’élargir. Nous vivons dans des sociétés où la survie physique est, pour l’immense majorité des individus, beaucoup mieux garantie qu’il y a cent ans. Et pourtant, le vocabulaire de la menace, du danger, de la survie, n’a pas disparu. Au contraire.

Je suis allé regarder les occurrences du mot « survival » (la survie) dans les ouvrages américains entre 1900 et 2022 : le terme est dix-sept fois plus fréquent à la fin de la période qu’au début. C’est au moment où la sécurité matérielle devient une norme, presque un dû, que la perception de ce qui constitue une menace s’élargit. Ce qui relevait auparavant de l’inconfort, du désaccord, de la contrariété ou de la vulnérabilité psychologique est de plus en plus souvent reformulé en termes de « mise en danger ». D’où les expressions de « sécurité émotionnelle », de « micro-agression », d’ »environnement hostile ». Or, l’utilisation de ces expressions montre que nous avons tendance à interpréter de plus en plus d’expériences à travers le prisme du danger. C’est en cela que j’appréhende notre société comme étant « néo-hobbésienne ».

Comment voyez-vous vieillir cette génération Z ?

C’est souvent au moment où l’on côtoie un excès que l’excès conceptuel inverse devient le plus séduisant. Face au chaos qu’ils connaissent, il y a dans ma génération une soif implicite de limites, et on le voit avec le développement personnel. Les jeunes ne s’abonnent pas à des influenceurs pour que ceux-ci leur disent : « Faites ce que vous voulez. » Ils s’abonnent à des influenceurs qui leur disent : « Tu vas te lever à 6h12, prendre une douche à telle température, manger 222 grammes de poulet froid… » Ils cherchent des limites, parfois de manière caricaturale, parce qu’ils en manquent.

Ce qui est intéressant est que cette génération connaît à la fois une hantise de l’engagement et, en même temps, une forme de fascination pour ceux qui s’engagent véritablement. La figure du prêtre, par exemple, devient une sorte d’ovni culturel intriguant. L’engagement qui dure toute la vie est difficile à comprendre pour eux, mais cela suscite justement une forme d’attrait paradoxal pour la figure de l’engagé. On le voit aussi dans la perception beaucoup plus positive de l’institution militaire. Pour la génération du baby-boom, l’armée, c’était le service obligatoire. Aujourd’hui, le regard est différent. Certains jeunes semblent se dire : « Au moins, je saurais quoi faire de ma vie. Je servirais à quelque chose. J’aurais un cadre ».

Mais il faut faire attention aux effets de loupe. La « Gen Z » est probablement la génération la plus “indoor” de l’histoire de l’humanité. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de jeunes engagés, mais ceux qui participent à des manifestations, à des réunions publiques, à des associations ou à des mouvements politiques sont déjà une fraction très particulière de la jeunesse et ne représentent pas la majorité silencieuse, plus retirée, plus casanière. Je pense – et j’espère – qu’un éloge de l’engagement peut malgré tout devenir audible au sein de cette génération. Les Anglais ont une formule magnifique : « the need to be needed » – soit le besoin de sentir que l’on a besoin de soi. Or, ce que l’on retrouve souvent dans les lettres de suicide, c’est cette idée : « Je me sens inutile », « je ne sers à rien », etc.

Le sentiment de solitude pèse lourd dans la crise de la santé mentale des jeunes. Plusieurs responsables politiques, notamment à gauche, ont récemment mis dans le débat plusieurs propositions. Sont-elles suffisantes ou s’apparentent-elles davantage à des pansements sur une jambe de bois ?

On ne peut pas répondre au malaise des jeunes sans traiter cette question-là, donc c’est une bonne chose que certains en prennent conscience, même s’il s’agit d’un problème très profond. Il faut néanmoins commencer par distinguer isolement et solitude. L’isolement, c’est le facteur objectif : la quantité de réseaux de sociabilité dont dispose un individu. La solitude, c’est la perception subjective. Evidemment, les deux sont liés. Quand on voit très peu de monde, on a plus de chances de se sentir seul ; mais ce qui prédit le mieux les troubles psychiques, c’est bien le sentiment de solitude. Or, beaucoup de chiffres montrent que la solitude a fortement progressé. Et ce qui est inquiétant, c’est que cette solitude ne relève pas seulement d’un accident récent, ou du Covid. C’est une tendance lourde de la modernité. Elle a émancipé les individus, elle les a libérés de beaucoup de contraintes, mais elle a aussi affaibli les relais sociaux : la famille, le voisinage, les communautés locales, le tissu associatif, les institutions.

Que préconisez-vous ?

Le sujet est infiniment complexe, et tout pourvoyeur d’une solution miracle serait un charlatan. Mais l’une des clés, me semble-t-il, c’est d’arriver à faire sortir ma génération de sa tanière, ce qui, depuis le Covid, est devenu notoirement très difficile, y compris pour glisser un bulletin dans une urne. L’abstention est un phénomène de génération et pas seulement d’âge, comme l’a démontré Vincent Tiberj. Il est parti pour durer. Mais on sort rarement pour sortir, on le fait parce qu’il y a une bonne raison de le faire. A nous désormais d’en trouver.

Malaise dans la Génération Z, par Pierre Valentin. Gallimard, 288 p., 21 €.



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Author : Thomas Mahler, Ambre Xerri

Publish date : 2026-06-01 18:00:00

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