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L’Institut La Boétie, un laboratoire d’idées au service de la doctrine mélenchoniste

L’Institut La Boétie, un laboratoire d’idées au service de la doctrine mélenchoniste

Les démonstrations de force se jouent là où on ne les attend pas. Comme ce 30 mai, dans un amphithéâtre plein à craquer de la Maison de la Chimie : l’institut La Boétie, le laboratoire d’idées de LFI, y organise la troisième édition de ses Journées économiques. Dans la salle, une foule studieuse. Beaucoup de jeunes, ordinateur portable sur les genoux, boivent les paroles des orateurs qui se succèdent, une palanquée de docteurs honoris causa et autres « PhD » étrangers. Les noms claquent comme autant de gages d’un sérieux académique. Université du Massachusetts, Berkeley, Cambridge, Genève, Naples… En guest-star américaine, James Kenneth Galbraith, le fils du grand économiste John Kenneth Galbraith, conseiller de Roosevelt et Kennedy. Et pour clôturer la journée, le chantre de la gauche française, Gabriel Zucman.

De controverses endiablées il n’y aura pas. Parlons plutôt d’une causerie aimable entre intellectuels qui parlent la même langue. Evidemment, le capitalisme et le libéralisme économiques sont finissants. Tout comme l’empire américain, écrasé par une dette incontrôlable et lancé dans une guerre suicidaire contre la Chine, laquelle n’aurait aucune volonté expansionniste. L’Europe, elle, n’a point d’avenir « sans une coopération avec Pékin », assène Galbraith. Quant à la taxation des ultra-riches, « on pourrait aller bien au-delà du taux des 2 % sur le patrimoine », conclut Zucman, plaidant pour une révolution fiscale. De fait, il s’agit moins de convaincre un auditoire déjà converti que d’apposer une caution scientifique au catéchisme mélenchoniste. Comme si l’économie était une science « dure » au même titre que la physique ou la biologie.

Dans l’univers des think tanks, La Boétie est un ovni. Moitié centre de réflexion, moitié centre de formation. Né en 1999, il a végété jusqu’en 2022. C’est après la défaite à la présidentielle que Jean-Luc Mélenchon arme son laboratoire d’idées. D’abord financièrement : le budget est multiplié par 14 entre 2022 et 2024 pour atteindre un peu plus de 1,2 million d’euros, d’après les derniers comptes que L’Express a consultés.

Tous les intervenants – à l’exception d’une poignée de permanents – sont bénévoles. Surtout, pour gagner en crédibilité, le think tank s’est approprié la grammaire universitaire, avec des départements (économie, histoire…), tous pourvus d’un conseil scientifique. Certaines têtes d’affiche sont même dotées d’une chaire. Les militants peuvent suivre un « cursus renforcé », un week-end de cours par mois pendant un an, tous frais payés.

Le pouvoir se conquiert par les idées. « L’hégémonie de la pensée libérale s’est imposée par la caution scientifique. Il s’agit de contrer le procès en incompétence qui nous est fait, notamment en économie », explique Antoine Salles-Papou, le secrétaire général de l’institut. Eric Berr, professeur à l’université de Bordeaux et codirecteur du département économie – le plus actif –, soutient, lui, une démarche scientifique : « Comprendre le raisonnement de gens qui ne pensent pas comme nous. Après tout, c’est ainsi que la science progresse. »

La porte de La Boétie s’est pourtant refermée ces derniers mois. Si le libéral Jean-Marc Daniel, la sous-gouverneure de la Banque de France Agnès Bénassy-Quéré, ou encore Olivier Blanchard, l’ancien chef économiste du FMI, étaient présents à la première édition des Journées économiques, le terreau des participants français s’est appauvri. Certains, qui avaient signé le programme du Nouveau Front populaire en 2024, préfèrent ne plus apparaître sur la photo. « Histoire de ne pas me faire récupérer », souffle l’un d’eux. D’autres qui à l’automne dernier s’étaient montrés critiques envers la taxe Zucman, à l’instar de l’économiste de l’OFCE François Geerolf, ont carrément été éjectés des boucles WhatsApp. « Ils sont extrêmement organisés. Aucun autre parti ne peut s’appuyer sur une telle structure. Leur force devrait être un signal d’alerte pour toutes les écuries présidentielles », avoue le responsable d’un think tank proche du patronat. Ce jour-là, cet économiste a suivi en visio l’intégralité des débats de La Boétie.



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Author : Béatrice Mathieu

Publish date : 2026-06-01 15:00:00

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