Anthropic, l’entreprise américaine d’intelligence artificielle, a proposé à l’UE l’accès à son tout nouveau modèle, Mythos, révèle le Financial Times. Ce modèle de langage est un outil de cybersécurité, capable d’identifier et de corriger les vulnérabilités logicielles à une vitesse inédite. Mais, alors que la start-up l’avait jugé « trop puissant » pour être accessible au public, Mythos suscite également de nombreuses craintes, notamment en ce qu’il pourrait faciliter les cyberattaques, surtout depuis que l’entreprise a confirmé enquêter sur un « accès non autorisé » au logiciel. Si le projet aboutissait, Anthropic ouvrirait pour la première fois ce redoutable outil à d’autres pays que les États-Unis et le Royaume-Uni.
Ce lundi 1er juin, un porte-parole de l’ENISA, l’agence européenne de cybersécurité, a confirmé au quotidien britannique que des discussions sur l’utilisation de ce modèle avaient actuellement lieu. « La proposition a été faite, mais les conditions sont encore en cours de négociation », a-t-il indiqué. La semaine passée, la Commission européenne avait, elle aussi, envoyé une délégation négocier avec Anthropic, à San Francisco cette fois. « Nous nous félicitons des derniers développements concernant un éventuel accès futur », à l’IA d’Anthropic, a déclaré lundi le porte-parole de la Commission européenne, Thomas Regnier. « Ce nouveau développement est de la plus haute importance, pour mieux comprendre les risques potentiels » liés à Mythos, a-t-il ajouté.
L’Europe membre du programme Glasswing ?
Toutefois, les conditions exactes auxquelles l’UE rejoindrait le programme d’Anthropic restent inconnues. L’arrivée de l’outil de cybersécurité sur le Vieux Continent soulève de nombreuses questions comme l’accès qu’aurait l’entreprise aux systèmes des pays membres, ont indiqué des proches du dossier au Financial Times. Pour rassurer l’Europe, craintive face à l’arrivée de cette intelligence artificielle sur le marché, Anthropic lui propose de se faire un avant-goût du modèle, et ainsi de rejoindre le programme « Glasswing ». Ce projet sur la cybersécurité, dont le nom mystérieux a su attiser les curiosités, n’est en réalité qu’un groupement de quelques entreprises, majoritairement américaines, supposément exposées à un risque « critique » de cyberattaque. Un point commun qui leur a offert un accès à Mythos en avant-première. Parmi ce club très sélectif : Apple, Amazon, Google, JP Morgan…
Connu pour son pessimisme – le New York Times avait d’ailleurs surnommé Anthropic « l’épicentre brûlant du catastrophisme sur l’IA » – Dario Amodei s’est déjà illustré par son penchant pour le « marketing de la peur ». En avril, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui se disait préoccupé à l’idée que sa technologie soit « utilisée à des fins antidémocratiques, que ce soit par des autocraties ou par nos propres gouvernements » a-t-il indiqué au Financial Times que la société souhaitait partager Mythos avec les gouvernements alliés des États-Unis. « Nous nous réjouissons que le gouvernement américain… et les gouvernements de tous nos alliés utilisent cette technologie pour défendre l’Ukraine, Taïwan et les démocraties menacées », avait déclaré l’homme d’affaires. Comme l’observait L’Express il y a quelques semaines : quoi de mieux pour vendre un logiciel de cybersécurité que de faire planer la menace d’un danger imminent ?
Un risque de « dépendance »
Si Mythos arrivait entre les mains de la Commission européenne, elle ne serait pas la première institution à s’en doter. Déjà, sur le Vieux Continent, Anthropic a donné accès au logiciel au Royaume-Uni qui l’a évalué par le biais de l’Institut de sécurité de l’IA du pays. De l’autre côté de l’Atlantique, l’entreprise collabore actuellement avec Washington pour tester et déployer le modèle en interne dans plusieurs agences gouvernementales qui l’utilisent pour protéger ses logiciels. Toutefois, si aucun accord n’a pour l’instant été conclu, l’export de modèle de langage chez les 27 est déjà à l’origine de tensions aux Etats-Unis. Fin avril, le Wall Street Journal révélait que la Maison-Blanche – qui n’en est pas à sa première discorde avec la start-up – s’était opposée au projet d’Anthropic d’étendre l’accès à son IA à 70 nouvelles entreprises, invoquant des raisons de sécurité.
De son côté, le français Mistral AI alerte sur les risques que comporterait l’utilisation de la technologie rivale par les institutions européennes. « Nous devons maîtriser cette technologie. On ne peut pas laisser le code source de l’armée française être analysé par Mythos. Cela crée une dépendance tellement irrémédiable que nous devons absolument trouver des solutions », a estimé son PDG, Arthur Mensch, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le 12 mai. L’entreprise prévoit de développer sa propre version de Mythos.
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Author : Asia Dayan
Publish date : 2026-06-02 13:23:00
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