L’Express

Les subventions publiques conditionnées au respect des « valeurs américaines » ? Les desseins radicaux de l’administration Trump

Les subventions publiques conditionnées au respect des « valeurs américaines » ? Les desseins radicaux de l’administration Trump

L’administration Trump n’en a donc pas fini avec ses attaques contre la recherche scientifique, qui ont notamment provoqué l’exil de dizaines de chercheurs américains à l’époque du Doge d’Elon Musk. Cette fois, c’est un document de 400 pages, passé relativement inaperçu lors de sa publication vendredi dernier, puis révélé par le New York Times, qui fait frémir le monde scientifique, et, au-delà de celui-ci, tous les organismes qui reçoivent des financements publics – plus de 1 000 milliards de dollars par an sont alloués aux Etats-Unis à des subventions de recherche ainsi qu’à l’aide aux collectivités locales et aux petites entreprises.

Le document émane du Bureau de la gestion et du budget (OMB), dirigé par Russell Vought, et entend désormais conditionner les subventions à la capacité de ces organismes à « faire progresser de manière tangible les priorités politiques du président ». Une réponse, selon le cabinet de Vought, aux pratiques de l’administration Biden, qui aurait promu « un programme politique ‘woke’ qui ne reflétait pas les valeurs de la grande majorité de la population américaine ». C’est peu dire qu’il entend bien y mettre un terme.

Conformité avec les « lois sur la liberté religieuse »

La proposition stipule que les subventions ne pourront être utilisées en faveur des politiques de discrimination positive, « du rejet de la binarité des sexes chez les êtres humains », de « l’immigration illégale », ou de « toute autre initiative compromettant la sécurité publique ou promouvant des valeurs anti-américaines ». La proposition cible également toutes les initiatives en faveur de la « diversité, de l’équité et de l’inclusion ». Les organismes bénéficiant d’un financement seraient en outre soumis à un examen visant à vérifier leur conformité avec les « lois sur la liberté religieuse » et pourraient voir leurs subventions supprimées si l’administration Trump venait à estimer que leurs actions ne servent pas « l’intérêt général », tel qu’elle le définit donc elle-même.

L’administration Trump avait déjà cherché à geler certaines subventions dès le retour du milliardaire à la Maison-Blanche, mais avait subi des revers tant de la part des tribunaux que du Congrès. La Maison-Blanche persiste avec ce projet de règlement, qu’elle espère pouvoir mettre en œuvre en octobre. Certaines subventions définies par la loi, telles que les programmes d’aide sociale, ne seraient pas concernées.

« Dernière mesure dystopique »

Les secteurs de la santé et de la recherche seraient particulièrement exposés et certains redoutent une période noire pour la recherche américaine, qui pourrait perdre son leadership. Parmi les propositions de l’OMB, l’une suscite particulièrement l’effroi chez les chercheurs, celle qui précise que « l’évaluation par les pairs reste consultative et ne remplace pas le pouvoir discrétionnaire de l’agence [fédérale chargée d’évaluer la recherche] ». Une rupture avec la pratique académique courante, qui consiste à soumettre à des experts apolitiques les demandes en fonction de leur seul mérite scientifique. En échange de l’aide fédérale, les chercheurs se verraient en outre imposer des restrictions quant à leur champ d’étude, aux laboratoires étrangers avec lesquels ils peuvent collaborer et aux conférences auxquelles ils peuvent participer.

Ces projets n’ont pas manqué de faire réagir. Dans une déclaration publiée le 29 mai, la députée démocrate de Californie Zoe Lofgren a qualifié la proposition de l’OMB de « dernière mesure dystopique » qui « détruirait ce qui reste de l’évaluation fondée sur le mérite, portant ainsi un coup fatal à la science ». Le Dr Georges C. Benjamin, directeur général de l’Association américaine de santé publique, a déclaré que cette politique risquait de « détruire l’innovation, la science et la recherche » aux États-Unis. Ce projet, aussi radical puisse-t-il paraître, était pourtant de ceux qui figuraient dans le Projet 25 porté par la Heritage Foundation, dont l’un des rédacteurs, alors, s’appelait… Russell Vought.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/les-subventions-publiques-conditionnees-au-respect-des-valeurs-americaines-les-desseins-radicaux-de-JXMV5RDGABFO5JAFV6HGVSUKYY/

Author :

Publish date : 2026-06-04 17:41:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express