Le roi Charles et son épouse Camilla sont aux Etats-Unis cette semaine, en service commandé. Deux cent cinquante ans après la proclamation par les Américains de leur indépendance de la couronne d’Angleterre, le couple royal s’attache à soigner la special relationship entre Londres et Washington, bien malmenée par Donald Trump. Pourtant, il est de notoriété publique que le souverain incline vers l’Europe, même s’il est contraint par sa fonction de n’en rien laisser paraître face à ce président brutal et égotique. Charles III est en phase avec son peuple qui, dix ans après le référendum sur le Brexit, se sent plus européen qu’il ne l’a jamais été.
Les Britanniques alignent désormais leur style de vie sur celui des continentaux, au point qu’ils délaissent en majorité le thé au profit du café, racontait le mois dernier l’hebdomadaire The Economist. Détail important : ils privilégient le café moulu plutôt que l’infect instantané que les Anglais servaient naguère aux visiteurs. Même les droits des travailleurs sont de plus en plus calqués sur le continent. Et comme dans l’Union européenne, la politique est dominée par des tribuns populistes, qu’il s’agisse de Nigel Farage, l’artisan du Brexit devenu une figure clé à droite, ou de Zack Polanski, le leader des Verts, prêt à tout promettre dès lors qu’il pense en tirer un surcroît de popularité.
Le monde change vite et celui de 2026 n’est plus celui de 2016. A l’époque, les Britanniques avaient réclamé la sortie de l’Union européenne par 52 % des suffrages exprimés contre 48 %. Ils espéraient pêle-mêle limiter l’immigration, améliorer le service public de santé, renouer avec la prospérité, retrouver leur statut de puissance mondiale, bref « reprendre le contrôle » de leur destin. Les partisans du départ le leur avaient promis mais rien de tout cela n’est arrivé et les déçus se sont multipliés. Selon un sondage de l’institut YouGov publié ce printemps, une majorité absolue de 53 % est favorable au retour dans l’UE. Seul un petit tiers des personnes interrogées (32 %) continue à s’y opposer.
Les Britanniques le vivent quotidiennement : la sortie de l’UE les a appauvris. Elle a fait perdre jusqu’à 8 % de produit intérieur brut au royaume, selon les calculs d’économistes internationaux publiés aux Etats-Unis par le Bureau national d’études économiques. Ce sont ainsi 277 milliards d’euros de richesse nationale qui se sont évaporés. « Le Brexit a causé des dommages profonds à notre économie » a enfin admis le Premier ministre Keir Starmer, début avril. Mais si de nombreux électeurs sont conscients de s’être tiré une balle dans le pied, ils ne remettent pas forcément en cause la sortie de l’UE. Beaucoup pensent que si l’aventure a mal tourné, c’est à cause de politiciens qui ont mal géré le processus.
Affaibli par l’impopularité grandissante de Keir Starmer, accusé d’avoir nommé à Washington un ambassadeur compromis dans un scandale de pédophilie, le gouvernement travailliste maintient les lignes rouges tracées à son arrivée au pouvoir en 2024 : pas de retour dans le marché intérieur européen ni dans l’union douanière, pas de libre circulation des travailleurs entre la Grande-Bretagne et le continent. Dans ces conditions, l’Union européenne n’a pas grand-chose à offrir à Londres, d’autant qu’elle a beaucoup d’autres chats à fouetter en ce moment.
Ces crispations persistantes sont regrettables car les impératifs géopolitiques et économiques plaident, plus que jamais, pour un rapprochement du Royaume-Uni et de l’UE qui ne soit pas seulement circonstanciel. Face à la guerre en Ukraine, au chaos moyen-oriental, aux droits de douane imposés par Donald Trump, aux multinationales américaines, à la concurrence chinoise, au réchauffement climatique, les intérêts de Londres et de Bruxelles sont quasi identiques. Là comme ailleurs, l’union fait la force. Mais avant que les deux parties en prennent conscience, beaucoup d’eau devra couler dans la Manche. Et Charles III pourra encore aller réparer les pots cassés à Washington.
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Author : Luc de Barochez
Publish date : 2026-04-28 05:00:00
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