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Assurance-vie : les raisons d’un spectaculaire rebond

Assurance-vie : les raisons d’un spectaculaire rebond

Avec 2 100 milliards d’euros placés, les contrats d’assurance-vie, représentent un véritable poids lourd de l’épargne. Dotée de caractéristiques juridiques et fiscales inégalées et d’un fonds en euros à toute épreuve, elle a su séduire les Français. Le rebond de la collecte observée depuis deux ans montre que ces derniers la plébiscitent toujours. Cette place à part dans le patrimoine des ménages en fait aussi un produit avec lequel il faut compter du côté des autorités, d’autant qu’il finance à coups de milliards d’euros la dette de l’Etat et ses ambitions dont celles autour de la défense. Ce statut n’est pas sans susciter des convoitises. Courtiers, mutuelles, fintechs… De nombreux acteurs se lancent chaque année avec leur contrat pour essayer de capter une petite part de ce gâteau. Pour un succès variable tant l’offre est désormais abondante et concurrentielle. D’autres préfèrent la fustiger, en mettant l’accent sur son coût. Un tacle mérité mais qui tend à s’améliorer, sous la pression de Bruxelles en particulier.

Partout, des chiffres records ! Les assureurs ont le sourire : l’an dernier, l’enveloppe préférée des Français a renoué avec la collecte. Nets des retraits, 50,6 milliards d’euros ont été amassés sur des contrats d’assurance-vie, un niveau qui n’avait pas été vu depuis quinze ans. C’est 22,1 milliards de plus qu’en 2024. Si l’on reste encore loin des records historiques, l’année écoulée est marquante à deux niveaux. Tout d’abord, le fonds en euros a renoué avec une collecte nette positive, après cinq années consécutives de recul. « Un résultat marquant qui démontre un vrai intérêt pour ce support », souligne Paul Esmein, directeur général de France Assureurs. Dans le même temps, les unités de compte, vaste ensemble regroupant les supports d’investissement non garantis, continuent de séduire puisqu’elles ont recueilli près de quatre euros sur dix versés en assurance-vie. Au total, l’épargne logée dans un contrat d’assurance-vie a dépassé les 2 100 milliards d’euros, soit environ un tiers de l’épargne financière des ménages français.

Une taxation limitée

Avec 20 millions de détenteurs pour 57 millions de contrats, l’enveloppe continue d’attirer, avant tout grâce à son cadre juridique et fiscal incomparable. En particulier, la fiscalité en cas de retrait demeure relativement douce après huit ans de détention, grâce à des abattements annuels sur les gains (4 600 euros pour un célibataire et de 9 200 euros pour un couple). De même au décès, puisqu’il est possible de transmettre jusqu’à 152 500 euros par bénéficiaire sans aucun impôt. Même au-delà de ce plafond, la taxation reste limitée (20 % jusqu’à 852 500 euros). Surtout, chaque souscripteur peut gratifier n’importe quel proche, là où le barème des droits de succession se révèle particulièrement élevé pour les transmissions au-delà de la famille nucléaire.

Mais l’assurance-vie va aussi se moderniser et évoluer pour devenir une véritable solution financière et satisfaire les besoins de différents types d’épargnants. Au fonds en euros viennent s’ajouter progressivement de nombreuses unités de comptes : des fonds actions et obligataires, mais aussi des supports non cotés permettant d’investir dans l’immobilier ou les entreprises non présentes en bourse. Enfin, se sont aussi développés les produits structurés, qui allient expositions aux marchés financiers et protection totale ou partielle du capital. A cet éventail s’ajoutent des fonds indiciels (ETF, exchange traded funds) et même parfois des titres en direct. En plus d’augmenter le choix des supports d’investissement, les assureurs ont aussi mis en place les options de gestion déléguée, permettant aux épargnants néophytes de confier leur contrat à des gérants d’actifs professionnels et de diversifier leurs investissements sereinement.

Le fonds en euros, véritable ovni dans le monde de l’épargne

Et bien sûr, l’assurance-vie n’aurait pas le même attrait, sans son fonds en euros, véritable ovni dans le monde de l’épargne. Garanti en capital, il bénéficie d’un effet cliquet permettant de réinvestir et de protéger automatiquement les gains de l’année passée, sans aucune contrainte de durée de détention. Le produit phare des assureurs demeure un indéniable atout. « C’est le produit parfait afin de protéger une partie de son capital et ainsi se montrer serein pour placer l’autre partie sur des supports plus risqués et plus rémunérateurs », estime Yves Conan, vice-président du courtier Linxea. Or, le contexte lui est redevenu favorable : les obligations dans lesquelles investissent principalement les fonds en euros rapportent bien plus que par le passé et les compagnies se montrent plus enclines à accepter des versements afférents importants. Mieux, elles encouragent ce mouvement avec des politiques commerciales incitatives.

L’imbroglio des prélèvements sociaux

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a relevé la contribution sociale généralisée (CSG) sur les revenus du capital, portant les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %. Les gains de l’assurance-vie, notamment ceux des fonds en euros, restent épargnés. En revanche, ceux des plans d’épargne retraite (PER) sont concernés, malgré la proximité de cette enveloppe avec l’assurance-vie. Cette différence de traitement suscite des incompréhensions, d’autant que la préparation de la retraite constitue un enjeu majeur.



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Author : Aurélie Fardeau

Publish date : 2026-04-30 09:00:00

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