C’est une inculpation qui a ravivé de vives inquiétudes à Cuba. Le 20 mai, un tribunal américain a inculpé Raul Castro pour une affaire survenue en 1996. L’ancien dirigeant cubain âgé de 94 ans, qui contrôle toujours le pouvoir dans l’ombre, est accusé de complot en vue de tuer des ressortissants américains, de quatre meurtres et de deux destructions d’aéronefs. Cette inculpation intervient dans un contexte de fortes tensions entre les deux pays. Laisse-t-elle entrevoir la possibilité d’une intervention militaire américaine visant à destituer Raul Castro et à le traduire en justice aux Etats-Unis, comme l’ex-président vénézuélien déchu Nicolas Maduro quelques mois plus tôt ? Dans ce contexte de discours toujours plus ferme à l’égard de Cuba et de pression accrue, les Etats-Unis s’inquiètent également de l’espionnage russe et chinois croissant à Cuba.
Interrogés par The Wall Street Journal (WSJ), des responsables américains au fait des évaluations des services de renseignement américains indiquent que la Chine et la Russie ont étendu ces dernières années leurs opérations de renseignement à Cuba. Pékin et Moscou auraient investi dans des installations d’écoute électronique utilisées pour espionner des sites militaires américains. De même, ces deux pays auraient triplé approximativement le nombre de personnels de renseignement affectés à ces installations depuis 2023.
Sur les 18 sites de renseignement électromagnétique recensés sur l’île de Cuba, trois seraient gérés activement par la Chine et deux par la Russie. Les autres appartiendraient à Cuba, selon des sources officielles contactées par le quotidien américain ayant eu accès aux dernières évaluations. Certaines de ces bases chinoises et russes seraient exploitées conjointement avec Cuba.
Deux sites en Floride particulièrement visés
Selon des responsables américains, les principales cibles de surveillance de Pékin et de Moscou sont en Floride : le Commandement central américain à Tampa et le Commandement Sud américain, situé près de Miami, même si leurs équipements interceptent principalement des communications non classifiées. La Havane, de son côté, a concentré l’essentiel de ses efforts de renseignement récents sur la baie de Guantanamo, la base américaine située à l’extrémité sud-est de Cuba, ont indiqué ces sources au Wall Street Journal.
Le nombre d’installations et le déploiement d’agents de renseignement étrangers pourraient augmenter à l’avenir, dans la mesure où Pékin et Moscou considèrent leurs postes respectifs à Cuba comme de plus en plus essentiels à leurs capacités d’espionnage, selon ces sources.
L’hostilité de Washington envers La Havane n’est pas nouvelle. En janvier dernier, l’administration Trump a publié un décret dans lequel Cuba est accusé de constituer une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine. Ce décret reposait en grande partie sur la conclusion de l’administration selon laquelle La Havane était devenue une plateforme pour les adversaires des Etats-Unis. La directive stipule que Cuba abrite le plus grand centre de renseignement électromagnétique russe à l’étranger, « qui tente de voler des informations sensibles relatives à la sécurité nationale des Etats-Unis », et que le régime castriste a continué à développer une coopération étroite en matière de renseignement et de défense avec la Chine, relève WSJ.
Un « dossier fallacieux » pour La Havane
Des accusations sans fondement pour les autorités cubaines : celles-ci nient que l’île serve de base aux ennemis des Etats-Unis ou qu’elle représente une menace pour ces derniers. La semaine dernière, le ministre des Affaires étrangères cubain Bruno Rodriguez a accusé l’administration Trump d’avoir fabriqué de toutes pièces un « dossier fallacieux » pour justifier des sanctions économiques et une éventuelle intervention militaire.
Certains spécialistes s’interrogent sur le timing de ces révélations. « Le moment choisi semble pour le moins opportun, étant donné que nous sommes au courant depuis de nombreuses années de la présence russe et chinoise à Cuba et des informations faisant état de collecte de renseignements depuis cette île », indique au WSJ Ricardo Zúñiga, ancien haut fonctionnaire du département d’Etat ayant travaillé sur la politique cubaine.
La Russie et la Chine disposent par ailleurs de nombreux autres moyens de recueillir des renseignements sur les cibles américaines. En outre, si la coopération de La Havane avec Pékin et Moscou s’est intensifiée durant le premier mandat de Donald Trump, elle a ralenti sous l’administration Biden dans la mesure où La Havane y voyait une opportunité diplomatique avec les Etats-Unis.
Cuba est un adversaire des Etats-Unis depuis la révolution de Fidel Castro en 1959. Donald Trump bénéficie du soutien indéfectible des Américains d’origine cubaine en Floride, qui militent depuis des décennies pour un changement de régime orchestré par les Etats-Unis. Le président américain a clairement indiqué vouloir un changement dans leur pays.
Par le passé, Cuba était perçu comme un satellite soviétique menaçant, situé à seulement 145 kilomètres de la Floride. Mais depuis la chute du bloc soviétique, l’attention de la Russie s’est portée ailleurs, et les problèmes économiques de Cuba ont réduit sa capacité à s’opposer aux Etats-Unis. Pour autant, l’administration Trump semble plus que jamais obnubilée par Cuba, « le dernier bastion du communisme » et « le dernier bastion de la guerre froide », a estimé la semaine dernière sur Fox News Stephen Miller, chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche. Une obsession qui explique sans doute pourquoi les Américains effectuent des vols quasi quotidiens de drones de surveillance autour de Cuba et pourquoi ils ont repositionné des satellites espions afin de suivre de plus près l’évolution de la situation.
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Author : Julien Chabrout
Publish date : 2026-05-25 14:33:00
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