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Indépendance de l’Ecosse : pourquoi la question du pétrole est aussi épineuse

Indépendance de l’Ecosse : pourquoi la question du pétrole est aussi épineuse

Mardi 26 mai, le parlement écossais a adopté la motion introduite par le Premier ministre du pays, John Swinney, réclamant que soit délégué aux législateurs d’Édimbourg le pouvoir d’organiser un référendum sur l’indépendance de la nation constitutive du Royaume-Uni. Pour qu’un tel scrutin ait lieu, il doit au préalable être autorisé par Londres. John Swinney anticipait une ouverture des discussions avec le Premier ministre britannique Keir Starmer « dans les deux prochaines semaines ». Mais il n’a fallu que quelques heures pour que la motion écossaise soit rejetée : « Le gouvernement britannique ne soutient ni l’indépendance ni un nouveau référendum », a tranché un porte-parole de Downing Street dans un communiqué.

Santé, éducation, économie, transition écologique… Le dossier de l’indépendance écossaise regroupe de nombreux sujets sensibles. L’un d’entre eux enflamme particulièrement les deux rives de la Tweed : la question de l’énergie, et plus précisément du pétrole et du gaz écossais. Les gisements découverts en mer du Nord dans les années 1970 ont longtemps été invoqués par les indépendantistes écossais pour mobiliser leurs concitoyens. « It’s Scotland’s oil » – « C’est le pétrole de l’Ecosse » – pouvait-on alors lire sur leurs banderoles et leurs tracts. Aujourd’hui, le ressentiment semble ne pas s’être dissipé, même si le SNP, parti indépendantiste local, qui a un temps fait alliance avec les Verts, préfère désormais le plus écologique « It’s Scotland’s energy ».

90 % des ressources de pétrole du Royaume-Uni sont écossaises

De fait, selon les recherches d’Alex Kemp, professeur d’économie pétrolière à l’université d’Aberdeen et ancien membre du Conseil consultatif sur l’énergie du gouvernement écossais, si un « partage géographique » était réalisé, 90 % des ressources d’or noir de Londres seraient sous la juridiction écossaise. Dans cette zone qui reviendrait à Édimbourg, le Royaume-Uni puise également du gaz, dont il est d’autant plus dépendant que cette ressource occupe une place centrale dans son mix énergétique : le pays couvre 36,8 % de ses besoins grâce au GNL, dont près de la moitié est produite dans les eaux écossaises. Aussi, dans l’hypothèse où l’Ecosse deviendrait indépendante, Londres perdrait accès à ces ressources extrêmement précieuses.

« Si la mer du Nord était sous le contrôle du gouvernement écossais, cela inclurait bien sûr la politique en matière d’octroi de licences, la politique fiscale, la politique relative à l’épuisement des gisements, la politique de démantèlement, etc », détaille Alex Kemp. Mais, « la principale conséquence pour le gouvernement de Londres serait une perte de recettes fiscales [NDLR : le pétrole étant exploité par des entreprises tierces]. Le gouvernement écossais serait à l’inverse en mesure de percevoir des impôts sur la mer du Nord, qui relèverait de sa propre juridiction », ajoute le professeur.

Entre 2022 et 2023, les taxes sur les revenus pétroliers fixées directement par le Royaume-Uni, ont rapporté 9 milliards de livres sterling à Londres, avant de retomber à 6,1 milliards en 2023-2024, puis à 4,5 milliards l’année suivante, sous l’effet conjugué de la baisse des prix de l’énergie et de la crise. Or, selon les calculs d’Édimbourg, sur ces mêmes périodes, 79,7 %, 89,5 % puis 89,4 % de ces recettes ont été réalisées sur les gisements écossais.

70 000 emplois supprimés depuis 2016

Depuis la découverte des gisements écossais, les séparatistes d’Édimbourg reprochent à Downing Street de s’approprier les bénéfices d’une ressource qui aurait pu faire la fortune de l’Ecosse. Sur son site Internet, le parti indépendantiste l’assure : « Un rapport de 1974, qui a été gardé secret, montrait même que l’Écosse aurait pu devenir l’un des pays les plus riches d’Europe, mais le public n’en a jamais été informé. » Et de regretter, amer : « Westminster a cédé le contrôle de notre pétrole à des entreprises privées et a fait partir les bénéfices vers le sud. »

Autre motif de mécontentement : à plus d’une reprise, le SNP a accusé les impôts fixés par Londres de repousser les investisseurs et de nuire à l’emploi. Selon l’association professionnelle Offshore Energies UK, plus de 70 000 postes ont été supprimés entre 2016 et 2023. Début mars, John Swinney interpellait Londres à ce sujet, assurant qu’il est « absolument indispensable » d’arrêter la taxe sur les bénéfices exceptionnels (portant l’imposition totale à 78 %) qui « freine les investissements dans le secteur pétrolier et gazier de la mer du Nord, ce qui entraîne des pertes d’emplois à un rythme bien plus rapide que ce que nous avions prévu ». Constat partagé par Alex Kemp : « C’est au gouvernement britannique qu’incombe la responsabilité de la taxe sur les bénéfices exceptionnels […] qui décourage les investissements en mer du Nord ».

L’interdiction d’exploiter

L’attribution, ou plutôt la non-attribution des licences d’exploitation, relève elle aussi de l’autorité de Londres uniquement. En novembre 2025, alors que la production était déjà en chute libre – de 75 % inférieure à celle de 1999 – le gouvernement travailliste de Londres a interdit l’octroi de licences pour l’exploitation de nouveaux gisements de pétrole et de gaz en mer du Nord. Si cette politique a évidemment des conséquences sur l’emploi, elle contraint également le Royaume-Uni à se reposer sur d’autres pays : « Je suis économiste, donc cela me semble très étrange quand on constate que le résultat est que nous importons de plus en plus », ironise Alex Kemp.

Sur la question, le SNP navigue à vue. Difficile pour le parti longtemps allié aux Verts de réclamer l’ouverture de nouvelles exploitations. Pourtant, lors de la campagne législative de 2024, conscients de l’enjeu électoral que peut représenter le sujet des gisements, ses dirigeants ont lâché du lest : « La transition [énergétique] doit être juste, ce qui signifie qu’il ne faut pas laisser les travailleurs de côté ». Et d’assurer que le parti n’avait « jamais dit non » à l’octroi de nouvelles licences.

La crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient a fourni à John Swinney une ouverture pour relancer prudemment le débat : « Nous aurons besoin de pétrole et de gaz dans un avenir prévisible, […] ce contexte modifie l’équilibre des arguments » a-t-il déclaré début avril. Pour fédérer les indépendantistes, alors que le sujet revient sur la table, l’éditorialiste du Times Iain Macwhirter lui suggère un nouveau slogan : « It’s STILL Scotland’s oil », « C’est TOUJOURS le pétrole de l’Ecosse ».



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Author : Asia Dayan

Publish date : 2026-05-28 12:00:00

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