L’Express

Diversité écologique et diversité culturelle : même combat !

A ma droite, des espèces végétales et animales en voie de disparition accélérée. A ma gauche, des langues en voie de disparition accélérée. Et s’il existait une étroite relation entre les deux phénomènes ? Et si réchauffement climatique et refroidissement culturel allaient de pair ? Telle est la conviction de David Grosclaude qui, dans un ouvrage argumenté et agréable à lire (1), établit un parallèle entre diversité écologique et diversité linguistique. En résumant ainsi sa pensée : « L’une ne peut survivre sans l’autre. »

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N’allez surtout pas croire que cet homme doublement engagé en faveur de l’écologie et de l’occitan soit aveuglé par son militantisme. Plusieurs institutions internationales partagent en effet son analyse. « La diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu’est la biodiversité dans l’ordre du vivant », proclame ainsi l’Unesco à l’article premier de la bien nommée Déclaration universelle pour la diversité culturelle, adoptée en 2001. De même, Cités et Gouvernements locaux Unis, un réseau mondial de villes et de gouvernements régionaux et métropolitains, présente la culture comme « le quatrième pilier du développement durable ».

De fait, les langues ne servent pas seulement à communiquer. Chacune d’elles représente aussi un réservoir à idées… En détruisant des espèces végétales, nous détruisons notre capacité à trouver de nouveaux médicaments ? En détruisant des langues, nous détruisons notre capacité à découvrir des savoirs liés à l’eau, à la forêt, à l’agriculture, donc des solutions à la crise écologique.

Prenons deux exemples concrets, cités par l’Unesco. Des études menées auprès du peuple amazonien des Amuesha et des aborigènes d’Australie l’ont montré : la raréfaction des locuteurs a un impact direct sur la richesse de leur environnement. Et c’est logique : c’est par des chants, des rituels et des récits oraux exprimés dans ces langues autochtones que des informations concernant les cycles naturels, les migrations animales ou les techniques de culture durables ont été transmises de génération en génération. La raréfaction de leurs locuteurs entraîne mécaniquement la perte de connaissances écologiques précieuses.

L’espèce humaine ne modifie donc pas seulement l’environnement avec des pelles mécaniques, du béton ou des produits chimiques. Elle le fait aussi en vertu de certains concepts – le « progrès », la « civilisation », le « développement » – lesquels varient selon les époques, les lieux et les cultures.

Je me souviens d’un reportage que j’avais vu lorsque j’étais adolescent. Des Occidentaux avaient appris à un peuple isolé d’Asie une technique permettant de travailler deux fois plus vite. Ils s’attendaient donc à ce qu’ils produisent deux fois plus. Au lieu de quoi ils ont décidé de… travailler deux fois moins. Je ne sais pas s’ils avaient raison ou tort, mais une chose est certaine : ils n’avaient pas la même vision que nous du « progrès ».

C’est pourquoi, en préservant la diversité des langues et des cultures, nous aurons davantage de chances de trouver des solutions à la crise écologique. « Nous construisons notre monde avec des moyens matériels et des visions du monde, nous le détruisons aussi avec les mêmes moyens », résume Grosclaude.

Si elle n’en a pas encore tiré toutes les conséquences, L’Humanité a compris que la diversité du vivant était un impératif pour sa propre survie. En revanche, malgré les appels de grandes figures comme l’anthropologue Claude Lévi-Strauss ou le linguiste Claude Hagège, les menaces qui pèsent sur la diversité linguistique ne font pas l’objet de la même attention.

La France en est une parfaite illustration. Côté pile, notre pays se situe souvent en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique. Côté face, il est l’un des plus mauvais élèves pour ce qui concerne le respect de la diversité culturelle. « En matière de droits linguistiques, la France mérite 2 sur 10 », indique ainsi Fernand de Varennes, qui fut rapporteur de l’ONU sur les questions relatives aux minorités.

Nuançons : Paris soutient haut et fort cette notion à l’international quand il s’agit de défendre le français face à l’anglais. En revanche, il la combat bec et ongles lorsque ce sont des Corses, des Basques, des Occitans ou des Martiniquais qui s’en réclament… Notre pays a ratifié en 1990 la Convention universelle des droits de l’enfant de l’ONU ? Certes. Mais en assortissant sa signature d’une « réserve » concernant l’un de ses articles essentiels : « Le droit des enfants à employer sa propre langue en commun avec les autres membres de son groupe. »

Restons toutefois optimistes. Après tout, les préoccupations écologiques étaient encore totalement ignorées il y a cinquante ans, et les premiers à avoir alerté sur les dangers du réchauffement climatique étaient tournés en ridicule. « Ils veulent nous faire retourner à la bougie ! », commentaient les gens « sérieux ». Les mêmes, aujourd’hui, assurent que parler créole ou breton ne sert à rien et qu’il suffit d’apprendre l’anglais ou le mandarin ? Il arrivera probablement un jour où, sur ce front-là aussi, ils viendront à résipiscence. Espérons simplement qu’il ne sera pas trop tard…

(1) La diversité pour survire au réchauffement climatique et au refroidissement culturel, par David Grosclaude. Editions Adeo.

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Du côté de la langue française

Le PSG, plus qu’un club : une marque

Le PSG n’est pas seulement un club de foot, c’est aussi une marque et un nom devenu plus grand que son sport. Le PSG, c’est de la mode, de l’image, du prestige, de l’imaginaire, et une partie de la réputation de la France, comme le souligne ici le communicant Raphaël Haddad.

Rachid Santaki, « Monsieur Dictée » LIEN INTERNET ET EDITIONS A VENIR

Il a organisé une dictée géante sur les Champs-Elysées, une autre au stade de France, et une autre lue… depuis l’espace, par Thomas Pesquet. Richard Santaki voit dans cet exercice scolaire souvent rébarbatif une occasion de rassembler des milliers de personnes autour de la langue française et de renforcer le lien social. Il raconte dans ce livre-manifeste son expérience.

Les mots qui font République, par Rachid Santaki. Editions ???

Et le français fut (re-)latinisé…

On le sait : le français vient du latin. On le sait moins : le français s’est re-latinisé, surtout à partir du 14e siècle, lorsqu’il s’est agi de développer à l’écrit notre langue, qui manquait alors de vocabulaire. Cet ouvrage savant examine ce mouvement, sans omettre les contestations dont il a fait l’objet (« débiteur » et « ériger » ont été critiqués à leur création !).

La (re)latinisation du français dans son histoire. Introduction de Gilles Siouffi. Etudes diachroniques 2026/4. Editions Honoré Champion

Bientôt la finale des Petits champions de la lecture

220 000 élèves de CM1 et CM2 ont participé cette année au concours des « Petits champions de la lecture », un exercice de lecture à voix haute. Les 15 finalistes régionaux se retrouveront le mercredi 24 juin à 14 heures au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, pour disputer la finale nationale.

Du côté des autres langues de France

Autonomie en Corse : un risque « séparatiste » selon Benjamin Morel…

Selon le politologue, le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, que s’apprête à examiner l’Assemblée nationale, menace l’universalisme républicain et serait porteur d’un « séparatisme » institutionnel aux conséquences imprévisibles. « La République étant universaliste, elle ne reconnaît aucune communauté religieuse, culturelle ou linguistique, souligne-t-il. C’est notre définition même de la République qui est engagée. »

« Une demande majoritaire de la population », lui répond Paul Molac

Une analyse que conteste Paul Molac. « L’universalisme de Benjamin Morel n’est, en fait, qu’un conservatisme visant à refuser de reconnaître les peuples qui composent la République, en cherchant à les invisibiliser », écrit le député régionaliste, qui poursuit : « La République doit témoigner de la diversité des peuples qui la composent. »

89 % des Alsaciens jugent l’allemand « important » pour leur région

Tel est le résultat d’une enquête commandée par la Fédération Alsace Bilingue à l’institut de sondage IntoTheminds (500 personnes). Une très forte adhésion à la langue germanique, dont l’alsacien est l’une des variantes, qui s’observe aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

Du côté des langues du monde

Retrouver le panache perdu, par Cyril Ducatez

Du suédois, du same, de l’allemand, de l’espéranto, de l’islandais, du groenlandais… Dans son troisième opus, Cyril Ducatez renouvelle sa passion pour le multilinguisme en franchissant les frontières culturelles sans oublier du picard, « sa » langue… Et apporte la preuve, une nouvelle fois, que l’amour des langues régionales n’est pas synonyme de « repli sur soi » ni de « communautarisme ».

Retrouver le panache perdu, par Cyril Ducatez. Editions complicités.

A regarder

Le français va-t-il disparaître de Louisiane ?

Le français lui aussi est menacé de disparition sur certains territoires. C’est notamment le cas en Louisiane, comme l’explique ici Jourdan Thibodeaux. Cet artiste se bat pour sa langue dans cet Etat où le nombre de francophones est passé de 1 million à 100 000 en quelques décennies. Et l’affirme : « Tu vis ta culture ou tu tues ta culture. Il n’y a pas de milieu. »



Source link : https://www.lexpress.fr/culture/diversite-ecologique-et-diversite-culturelle-meme-combat-6JK5TOO36JGBJE5R565JIT5KNI/

Author : Michel Feltin-Palas

Publish date : 2026-06-09 04:15:00

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