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Affaire Epstein : quand LFI et la droite Maga font front commun sur Israël

Affaire Epstein : quand LFI et la droite Maga font front commun sur Israël

Il y eut un temps où la France insoumise semblait graviter aux antipodes des sphères Maga (Make America Great Again). C’était avant que le département de la Justice américain ne rende publics plus de trois millions de documents relatifs à l’affaire Epstein, scandale de trafic sexuel tentaculaire ayant fait un millier de victimes, où sont citées bon nombre de personnalités de premier plan à travers le monde. A commencer par l’ex-prince Andrew, directement accusé d’agression sexuelle sur mineure, et jusqu’à l’ancien ministre de la Culture français, Jack Lang, visé par une enquête préliminaire du Parquet national financier pour « blanchiment de fraude fiscale aggravé » – il a depuis quitté ses fonctions au sein de l’Institut du monde arabe. Si l’affaire a de quoi nourrir la défiance à l’égard des « élites », ce n’est pourtant pas sur ce seul point qu’ont choisi d’insister certains lieutenants du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Leur obsession ? La « piste israélienne ». De quoi rejoindre, au moins en partie, le discours de la frange la plus extrême droitière du paysage médiatique américain…

En France, tout a commencé par un post assassin, sur X, de la députée européenne insoumise Rima Hassan, livrant en pâture un journaliste du Parisien. Son tort : avoir signé un article sur « la piste russe » qui, selon l’élue, aurait visé à « faire oublier » celle du Mossad. Cette dernière hypothèse s’appuie – sans preuve à ce stade – sur certains éléments, comme la réputation d’agent double, notamment pour le service du renseignement israélien, du père de Ghislaine Maxwell, complice de Jeffrey Epstein. Ou encore par certaines photos exhumées par l’élue, montrant l’ancien agent de mannequins Jean-Luc Brunel, « rabatteur » de jeunes femmes pour le compte du pédocriminel, arborant une casquette siglée « Israel Army ». Sans oublier une autre image, cette fois de Jeffrey Epstein, vêtu d’un sweat floqué « Israel Defense Forces ».

Rima Hassan n’est pas la seule, au sein de La France insoumise, à s’acharner sur les possibles liens du milliardaire avec Israël. Le 8 février, la députée Danièle Obono prenait elle aussi la parole sur cette affaire, ciblant cette fois une séquence de Franceinfo consacrée aux relations étroites entre des oligarques russes et Jeffrey Epstein : « Bonsoir France info, je me permets de signaler une petite erreur dans votre message et votre bandeau. Vous avez mal orthographié ‘Israël’. De rien ».

Des faits aux théories

Certes, parmi ces documents figurent certains éléments questionnant les liens du milliardaire avec certains grands noms de l’intelligentsia israélienne. A commencer par l’ancien Premier ministre Ehud Barak (1999-2001) qui, dans un enregistrement relayé par la presse israélienne et issu d’une rencontre avec le criminel sexuel, évoquait son intention de mieux « contrôler la qualité » de l’immigration israélienne, en particulier en provenance de la Russie, ajoutant que « beaucoup de jeunes filles viendraient, grandes, minces ». De même que, comme le souligne le Times of Israel, d’autres éléments suggèrent que des associations juives auraient tenté d’obtenir des dons de la part du milliardaire – même après sa condamnation – ou qu’il aurait eu des liens financiers avec plusieurs yeshivot (écoles talmudiques supérieures) orthodoxes.

« Il ne s’agit pas de nier les liens que certains documents dévoilent, commente Rudy Reichstadt, politologue et fondateur de Conspiracy Watch. Mais force est de constater qu’à partir d’éléments factuels – qui, il faut le rappeler, doivent encore être analysés par des professionnels – certains en profitent pour présenter comme des faits ce qui relève en fait de l’interprétation. Et ainsi nourrir leur agenda politico-idéologique voire populiste ».

« Que des liens entre Jeffrey Epstein et l’État hébreu soient ultérieurement établis ou non, le fait que certains responsables de La France insoumise choisissent de mettre délibérément l’accent sur Israël, en passant sous silence d’autres questions soulevées par cette affaire, traduit une volonté de diaboliser Israël et les ‘sionistes' », renchérit pour sa part l’historien Marc Knobel. En témoigne, selon lui, la republication le 4 février par Rima Hassan d’un message intitulé « FLASH INFO – Dossier Epstein : les coordonnées de Bernard‑Henri Lévy figurent dans les dossiers et les échanges de mails d’Epstein ». Commentaire de l’élue : « Oh quelle surprise ! « . Un « grossier sous-entendu », selon l’historien : Bernard-Henri Lévy, parce que réputé pro israélien et « sioniste », serait implicitement rangé parmi les coupables. « L’idée centrale de ce type d’allusions est la suivante : Israël et les « sionistes » seraient des acteurs centraux de la corruption, du crime, ou de [l’État profond] ».

« Les médias tentent de nous faire taire »

Une rhétorique proche de celle de la sphère Maga. Dès novembre 2025, alors que certains documents concernant Jeffrey Epstein et mentionnant Donald Trump venaient d’être publiés sous l’impulsion d’un comité de surveillance démocrate, l’influenceuse d’extrême droite et complotiste Candace Owens affirmait par exemple sur X qu’Israël aurait « fait chanter le président Donald Trump ». Mais c’est bien depuis la publication des « Epstein files », le 30 janvier dernier, que l’Américaine se montre la plus virulente. « Oui, nous sommes gouvernés par des pédophiles sataniques qui travaillent pour Israël, écrivait-elle sur X le 1er février. Il est temps que chacun prenne conscience de ce fait. Priez et préparez-vous à poursuivre ce combat contre ceux qui œuvrent à les protéger au sein du gouvernement, des médias et de l’Église. Voici la synagogue de Satan que nous combattons ».

Mieux : dans une vidéo postée sur YouTube, Candace Owens qualifiait cette fois les juifs de « gitans païens », avant d’ajouter : « Les dossiers Epstein nous donnent l’occasion d’entendre la façon dont ils parlent de nous à huis clos, exactement comme Sigmund Freud l’a fait (…) Pour eux, il s’agit d’une philosophie religieuse, une perspective raciste selon laquelle nous sommes des goyim, c’est-à-dire du bétail, tout juste bon à être rassemblés et gouvernés ». La vidéo totalise à ce jour plus de 2,6 millions de vues.

Soit le double d’une interview non moins surréaliste de l’activiste turco américain Cenk Uygur, réalisée par l’ex-animateur de Fox News Tucker Carlson et intitulée « Cenk Uygur : Epstein, JFK, 11 septembre le terrorisme israélien et ce qu’il en coûte de s’y opposer ». Extraits choisis : « Jeffrey Epstein était bien plus puissant que nous ne le pensions. Il était capable d’organiser une rencontre avec n’importe quel chef d’État. De faire venir n’importe qui à la Maison-Blanche. Quand Ehud Barak a eu du mal à [s’y] faire inviter, Epstein a passé un coup de fil et boum, il était invité à la Maison-Blanche. Il y avait un espion israélien en Epstein ». Conclusion de Cenk Uygur : « les médias américains tentent de nous faire taire »…

« Si le mouvement Maga et La France insoumise sont radicalement différents et ne sauraient être placés sur le même plan, ce scandale fait néanmoins apparaître certains traits communs : une obsession à peine voilée pour ‘l’Etat profond’, une défiance systématique envers les médias et les institutions et, bien sûr, une hostilité marquée à l’égard d’Israël », analyse encore Marc Knobel. « Dans cette affaire, tous les ingrédients étaient réunis pour servir leur narration politique ».



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Author : Alix L’Hospital

Publish date : 2026-02-10 18:00:00

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