La moustache aussi soignée que le pli de son képi, Asim Munir est l’un des grands gagnants de cette guerre entre l’Iran et les États-Unis. En quelques jours, il a été photographié, grand sourire aux lèvres, sur le tarmac à l’aéroport de Téhéran en train de serrer la main du ministre des Affaires étrangères iranien Abbas Araghchi puis en train d’échanger avec le vice-président américain J.D. Vance, au pied du Air Force Two, dans la capitale pakistanaise. En quelques semaines, le maréchal Asim Munir s’est imposé comme un acteur central des négociations entre l’Iran et les États-Unis.
Alors que le Pakistan a annoncé qu’il faisait la médiation entre les deux pays, le maréchal s’est vu confier la lourde tâche de jouer les intermédiaires dans ce conflit qui s’éternise. Fort de ses bonnes relations avec les deux parties, il a réussi à ouvrir un canal de discussion et a même convaincu les belligérants d’organiser de premiers pourparlers à Islamabad, la capitale pakistanaise. Si aucun accord n’a été trouvé pour le moment, de nouvelles discussions devraient avoir lieu.
« Le leader pakistanais le plus puissant »
Le militaire de 58 ans, encore inconnu du grand public il y a quelques mois, s’est fait un nom en mai dernier, lors de la crise entre son pays et l’Inde. Si Donald Trump avait alors affirmé qu’il avait facilité la mise en place d’un cessez-le-feu, Asim Munir aurait joué un rôle central dans la résolution des tensions, préférant une réponse ciblée et stratégique plutôt qu’une escalade du conflit. Depuis, il a été nommé par le gouvernement, en décembre dernier, chef d’état-major de l’armée pakistanaise, après avoir été seulement le deuxième officier militaire à recevoir le titre de « maréchal ».
« Le maréchal Munir est facilement le leader pakistanais le plus puissant depuis Pervez Musharraf, ce qui lui donne une autorité totale sur les nominations militaires, la prise de décision du gouvernement civil et l’empire commercial tentaculaire de l’armée », estime auprès d’AP Charles Lyons-Jones, chercheur à l’Institut Lowy. Il a aussi la force d’avoir connu plusieurs pans du secteur militaire. Nommé à plusieurs postes de direction dans sa carrière, il a eu l’occasion d’apprendre l’arabe et la politique régionale du Moyen-Orient lors de missions en tant que colonel en Arabie saoudite. Il est le seul chef de l’armée à avoir dirigé à la fois le renseignement militaire et le renseignement interservices, la première agence de renseignement du pays.
Fort de ces expériences, il a su se familiariser avec les différentes couches du pouvoir iranien, facilitant les liens avec le régime actuel. Côté américain, il a bénéficié de plusieurs accords entre les États-Unis et le Pakistan et du choix de son pays de ne pas critiquer la décision américaine d’attaquer l’Iran. L’été dernier, il s’était déjà proposé comme intermédiaire lors des affrontements entre Israël et l’Iran. Un premier contact avec Donald Trump a été créé à l’époque, maintenu par les rencontres entre Munir et le fils de Steve Witkoff, envoyé spécial américain. Des accords ont été conclus entre des responsables pakistanais et World Liberty Financial, la société de crypto fondée par les Witkoff et financée par Donald Trump. Asim Munir est désormais dans les petits papiers du président américain, qui l’appelle « mon maréchal préféré ».
Immunité totale
En devenant l’une des pièces centrales des négociations entre l’Iran et les États-Unis, Asim Munir attire les grâces de ces deux pays envers le Pakistan. « Le Pakistan n’est pas vraiment une partie neutre en la matière », estime Farzana Shaikh, membre associé à Chatham House à Londres, auprès du Financial Times. « Il a une relation client-client avec les États-Unis et les États du Golfe, et un intérêt à fermer la voie de l’Iran vers une arme nucléaire. » En nouant un lien fort avec les États-Unis, il espère un allègement des sanctions sur son programme de missiles balistiques et évite que le président américain décide de se retourner contre le plan de sauvetage du FMI de 7 milliards de dollars, approuvé en septembre 2024.
Plus haut personnage militaire du Pakistan, le maréchal Munir est désormais le dirigeant de facto du pays, alors que le Premier ministre actuel, Shehbaz Sharif, s’est mis en retrait pour ne pas faire de vagues. Le 13 novembre dernier, il s’est vu accorder une immunité à vie contre toute poursuite judiciaire après un vote de l’Assemblée nationale et du Sénat. Alors que le poste de président du Pakistan est principalement honorifique et sans réel pouvoir, Asim Munir est désormais le personnage le plus puissant du pays et compte bien sur ces négociations pour renforcer sa stature internationale.
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Publish date : 2026-04-23 11:45:00
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