L’Express

Royaume-Uni : la taxe sur les géants du numérique dans le viseur de Donald Trump

Royaume-Uni : la taxe sur les géants du numérique dans le viseur de Donald Trump

La Cour suprême a beau avoir jugé sa première série de droits de douane illégale, Donald Trump n’hésite pas à redégainer la menace. Cette fois, c’est Londres qui en fait les frais. Devant les journalistes réunis dans le bureau Ovale ce jeudi 23 avril, le président des Etats-Unis s’est engagé à appliquer des tarifs douaniers au Royaume-Uni si le Premier ministre, Keir Starmer, ne renonçait pas à la taxe sur les services numériques (TSN).

« Nous avons examiné la question et nous pouvons très facilement y répondre en imposant simplement des droits de douane élevés au Royaume-Uni, ils feraient donc mieux de faire attention », a défié le locataire de la Maison-Blanche.

944 millions de livres récoltés en 2025

Instaurée en 2020, la TSN vise les plateformes dont le chiffre d’affaires mondial issu des activités numériques dépasse 500 millions de livres sterling, dont plus de 25 millions provenant d’utilisateurs britanniques, en les imposant à hauteur de 2 % de leur chiffre d’affaires. L’année dernière, elle a généré 944 millions de livres – un peu plus d’un milliard d’euros – selon le Trésor britannique. Un profit qui pourrait grimper jusqu’à 1,4 milliard en 2030, d’après les calculs des autorités locales.

Une injustice, juge Donald Trump : « Je n’aime pas qu’ils ciblent les entreprises américaines, car au fond, il s’agit de nos grandes entreprises américaines. […] Ce sont les meilleures entreprises au monde ». Référence, entre autres, à Apple, Google, et Meta. Interrogé sur le montant des droits de douane qu’il comptait appliquer au Royaume-Uni, le président a rétorqué qu’ils seraient « supérieurs à ce qu’ils perçoivent » grâce à cette taxe sur les géants du net.

Keir Starmer doit « se rattraper »

Les menaces de Washington interviennent dans un contexte de tension entre Keir Starmer et Donald Trump. Les relations entre les deux chefs d’Etats se sont détériorées après plusieurs accrochages, notamment sur la TSN, et ce dès mai 2025 : lors de la signature de l’accord commercial entre les deux pays, puis, à nouveau, en novembre, Washington avait déjà essayé de convaincre le Royaume-Uni d’abandonner la taxe, en vain.

Autres sujets de discorde : la modération des contenus en ligne – notamment sur X – que la Maison-Blanche perçoit comme une atteinte à la liberté d’expression, mais aussi le refus initial de Londres d’autoriser l’accès à ses bases aériennes aux troupes américaines, dans le cadre de la guerre menée par les Etats-Unis en Iran.

Alors que le roi Charles III est attendu outre-Atlantique lundi 27 avril, le locataire de la Maison-Blanche a déclaré que cette visite pourrait « tout à fait » rétablir les liens privilégiés entre les deux nations anglo-saxonnes. « C’est un homme courageux, et c’est un grand homme », a-t-il assuré à la BBC récemment. Concernant le Premier ministre, Donald Trump se montre moins clément : il ne pourra « se rattraper » que s’il change de cap en matière d’immigration, a-t-il ensuite estimé auprès de la chaîne britannique. Et le milliardaire de trancher : « Mais s’il ne le fait pas, je ne pense pas qu’il ait la moindre chance ».

L’Europe affectée dans son ensemble ?

Les crispations autour de la taxe sur les GAFA pourraient bien finir par affecter d’autres pays européens. La France, l’Espagne, l’Italie, l’Autriche, le Danemark, la Hongrie, la Pologne et le Portugal appliquent aussi une taxe de ce type, qui a rapporté 756 millions d’euros à Paris en 2024. « Ils pensent qu’ils vont se faire de l’argent facile, c’est pour ça qu’ils ont tous profité de notre pays », a cinglé le locataire de la Maison-Blanche ce jeudi.

Dès août 2025, Donald Trump avertissait sur son réseau Truth Social : « Cela doit cesser […] à moins que ces mesures discriminatoires ne soient supprimées, j’imposerai des droits de douane supplémentaires substantiels » sur les exportations de ces pays vers les États-Unis. Malgré ses menaces, le président jouit en réalité d’une force de frappe limitée. Pour contourner la décision de la Cour suprême, il doit se tourner vers un autre texte de loi : l’article 122. Néanmoins, comme le rappelle le Telegraph, cette disposition fixe les droits de douane à 10 % maximum, ne permet pas de cibler des pays individuellement, et sans l’accord du Congrès, ces tarifs ne peuvent excéder 150 jours.



Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/royaume-uni-la-taxe-sur-les-geants-du-numerique-dans-le-viseur-de-donald-trump-2BFCJZN3KRGHFIKUQJWTLZEQMM/

Author : Asia Dayan

Publish date : 2026-04-24 11:49:00

Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

Tags : L’Express