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Pourquoi nos poubelles jaunes sont politiquement explosives

Pourquoi nos poubelles jaunes sont politiquement explosives

C’est un « impôt caché » qui pourrait bien finir par enflammer nos poubelles. Un « impôt » réglé par près de 55 000 entreprises, principalement dans l’industrie, et dont la recette a quasiment doublé en l’espace de cinq ans. L’exemple idoine d’un ovni technocratique aux objectifs louables – la collecte et le recyclage des emballages ménagers – qui s’est métamorphosé en tambouille politique où entreprises, Etat et collectivités se renvoient la balle.

Son nom ? L’écocontribution, une redevance payée chaque année par tous les fabricants qui mettent sur le marché des produits de grande consommation emballés, des yaourts aux canettes de soda en passant par les bidons de lessive. Conformément au principe du pollueur-payeur, le montant de cette écotaxe varie en fonction du volume de déchets générés, du type et de la recyclabilité des matériaux employés (plastique, papier, carton, verre ou aluminium). Citeo, un organisme privé à but non lucratif dont les entreprises concernées sont actionnaires, a pour mission de collecter ces écocontributions puis de les reverser en partie aux collectivités locales – principalement les mairies –, lesquelles ont la responsabilité de la collecte, du tri et du recyclage des fameuses poubelles jaunes. Sur le papier, la mécanique est rodée.

Citeo pointé du doigt

Reste qu’elle s’est drôlement détraquée ces dernières années, suscitant l’ire de bon nombre d’industriels, au premier rang desquels Danone, qui dénoncent pêle-mêle la gestion opaque de Citeo, un coût exponentiel et des résultats décevants. Ainsi, le montant total des contributions versées par les entreprises a grimpé de 800 millions d’euros en 2000 à près de 1,6 milliard l’an passé. Il pourrait atteindre les deux milliards cette année. Une recette plus très éloignée de celle de l’IFI, l’impôt sur la fortune immobilière.

Mais si la facture s’est alourdie, les performances de la France en matière de recyclage et de traitement des emballages sont encore très éloignées des cibles gravées dans le marbre de la loi AGEC votée en 2020 et des objectifs fixés par Bruxelles. Seuls 26 % des emballages en plastique seraient recyclés, contre un objectif européen de 55 % en 2030. Quant au réemploi des contenants, bouteilles et autres canettes, il resterait marginal. « La machine devient incontrôlable », alerte un industriel, dénonçant « une structure qui a oublié la culture de la performance ». D’après les informations de L’Express, la masse salariale de Citeo aurait grimpé de six millions d’euros sur la seule année 2025, pour atteindre 51 millions d’euros. Quant à son directeur général, Jean Hornain, il aurait perçu une « prime » de 186 000 euros l’an passé, en plus de sa rémunération brute de 370 000 euros.

Mis en accusation, Citeo répond qu’il ne fait que suivre le cahier des charges imposé par l’Etat, lequel s’est singulièrement étoffé au cours des dernières années. « Ma rémunération a été votée en conseil d’administration. Quant aux pistes pour améliorer nos performances, elles sont connues. Il s’agit de la tarification incitative et surtout de la consigne », réplique Jean Hornain, le directeur général de Citeo, renvoyant la faute à l’Etat. Si le principe de la consigne a bien été inscrit dans la loi AGEC de 2020, les décrets n’ont jamais été publiés. « Nous nous sommes tous cassé les dents sur ce sujet », souffle un ancien ministre de l’Ecologie.

Une manne pour les communes

La raison ? L’opposition féroce des collectivités locales. Dès qu’un emballage est déposé dans une poubelle jaune, il devient la propriété de la mairie qui le vend ensuite à une entreprise de recyclage. Certains matériaux, comme l’aluminium, sont de plus en plus recherchés. « Les collectivités trouvent dans la valorisation des poubelles une recette bien utile pour compenser la baisse des dotations de l’Etat », conclut un observateur. L’issue du conflit pourrait bien se trouver à Bruxelles. D’après un règlement européen, si les cibles ne sont pas atteintes en 2029, alors la consigne deviendra obligatoire en 2030… À moins que la France n’invente une nouvelle astuce pour échapper à ses engagements européens.



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Author : Béatrice Mathieu

Publish date : 2026-05-23 10:00:00

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