Comme le soulignait notre article de couverture sur « Les secrets des Chirac » publié en 2005 : « Le personnage principal du clan, c’est en fait… Bernadette. Elle que l’on cachait après 1995 bouscule désormais, les lignes de la communication élyséenne et familiale. » Celle qui avait alerté sur les dangers de la dissolution en 1997 et la montée du vote Le Pen en 2002 ne manquait pas de franc-parler et avait su trouver sa place dans la vie publique après avoir longtemps servi, dans l’ombre, l’ambition politique de son mari. Plongée dans nos archives.
Les piques qui font mouche
« Quoi de neuf chez Chirac depuis 2001 ? Sa femme. Elle est le contraire de son image. L’opposé de son apparence. Elle le sait et elle en joue. On la croit coincée ? Elle est capable d’un humour corrosif. ‘Eh bien ! avec ça, vous n’êtes pas fauché’, lance-t-elle en 1997 au maire de Saint-Pétersbourg, qui se réjouit devant elle et le président d’une prochaine visite d’Alain Juppé, qu’elle goûte peu.
Bonjour, monsieur le Stratège
Bernadette Chirac
‘Bonjour, monsieur le Stratège’, envoie-t-elle de même, au lendemain de la dissolution ratée, à Dominique de Villepin, qu’elle n’aime pas et surnommera ‘Néron’. En 1999, le couple Chirac, en vacances à l’île Maurice, dîne avec deux parlementaires. ‘J’ai déjà commandé’, prévient le chef de l’Etat. L’un des élus plaisante : ‘Vous êtes toujours aussi autoritaire, monsieur le Président !’ C’est alors que se fait entendre la voix de Bernadette Chirac : ‘J’aimerais bien qu’il soit aussi autoritaire avec son pays qu’il l’est avec sa famille ou ses proches…' » L’Express du 14 février 2005
Bernadette Chirac en couverture de L’Express du 1er janvier 1998
« Lors de la très mondaine battue de Chambord de l’hiver 2002-2003, la première dame est ainsi d’une humeur massacrante. Roselyne Bachelot, alors ministre de l’Ecologie, s’en souvient avec étonnement : ‘Avec un plaisir sadique, elle commençait toutes ses phrases par : ‘Mon mari, qui déteste la chasse…’ Avant d’observer avec attention l’embarras que provoquaient ses propos parmi la fine fleur cynégétique française réunie autour d’elle.’
Tout au long de la journée, plusieurs invités subissent ses foudres. Alors que l’ancien directeur du cabinet de son mari Bertrand Landrieu s’apprête à la saluer, elle détourne le regard et lance à un tiers : ‘Qu’est-ce qu’il fait là, le préfet d’Ile-de-France ? Il n’a pas de travail ?’ Catherine Pégard, du Point, est gratifiée pour sa part d’un très aimable ‘Et elle ? Depuis quand invite-t-on des journalistes à la chasse ?’ Quant au député du cru, Patrice Martin-Lalande, qui vient s’excuser de ne pouvoir rester après le déjeuner, elle lui lance avec perfidie : ‘Je comprends, monsieur. Vous avez beaucoup mieux à faire que d’accompagner l’épouse du président de la République’. » L’Express du 16 mars 2016
Les intuitions politiques
« Le décalage est frappant entre l’image qu’elle donne, timide et effacée, et la pertinence de ses propos. ‘Elle vise souvent juste’, raconte Jean-Louis Debré, qui l’a accompagnée lors de la dizaine de meetings qu’elle a tenus pour son mari durant la campagne présidentielle. De nombreux intimes des Chirac sont d’ailleurs persuadés que, dans un proche avenir, Bernadette sera appelée à jouer un rôle plus important encore. ‘C’est elle, la gaulliste, dit l’un d’eux. Chirac, lui, est radical-socialiste.’ ‘Bernadette est devenue une tête politique’, observe Charles Ceyrac. Elle n’est pas en première ligne, elle peut prendre le temps de réfléchir, elle est moins sensible aux flatteries de la cour. Elle prend de plus en plus de poids, c’est une bonne chose. Chirac devrait l’écouter davantage, et Claude ferait mieux de s’occuper uniquement des cravates de son père.
Le couple Chirac en couverture de L’Express du 14 février 2005
C’est que Bernadette s’est forgé une réputation lorsqu’elle a déclaré, en 1979, à propos de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet : ‘C’est eux ou moi.’ Les deux conseillers avaient dicté à Chirac, sur son lit d’hôpital, l »appel de Cochin’, une déclaration agressive sur le ‘parti de l’étranger’ de Valéry Giscard d’Estaing. L’appel conduisit à une déroute électorale du RPR aux européennes. Fut-elle réellement à l’origine du départ des deux conseillers maudits ? Toujours est-il que, depuis cet éclat, on la sait capable de s’opposer à son mari et de lui dire une vérité crue, souvent occultée par l’entourage. On sait également qu’en avril 1997, quand Chirac a pris la décision de dissoudre l’Assemblée, elle a mis son mari en garde contre les conseils de Dominique de Villepin, l’impopularité d’Alain Juppé et les risques de la dissolution. Bernadette n’a pas été écoutée. Mais cela a contribué à créer une sorte de légende. » L’Express du 1er janvier 1998
La seule qui m’ait parlé de ce scénario depuis quinze jours, c’est Bernadette
Jacques Chirac
« Pas plus que les autres Français, Jacques Chirac n’imaginait qu’il se retrouverait face à Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Le dimanche 21 avril, en fin d’après-midi, il confiait : ‘Je m’attends à un mauvais premier tour, mais je pense que nous gagnerons plus largement que prévu au second, car je ne vois pas la France voter Jospin.’ Quand lui est apportée la première estimation plaçant le patron du Front national devant le candidat socialiste, il ne la prend pas au sérieux. Ce n’est qu’un peu plus tard que le président devra constater le séisme. ‘La seule qui m’ait parlé de ce scénario depuis quinze jours, c’est Bernadette’, racontera le chef de l’Etat. » L’Express du 25 avril 2002
L’ancrage corrézien
« Dans ce territoire dont le chef-lieu se nomme Corrèze, comme le département, la liste des bienfaits de ‘Madame Chirac’, ainsi qu’on l’appelle avec révérence, est infinie : trois étapes du tour de France, un concert de Johnny Hallyday, une aire d’autoroute, un lotissement de gendarmes, des routes départementales dignes d’un circuit de formule 1… Sans oublier le ‘musée du président Jacques Chirac’, installé à Sarran, la commune dont elle est conseillère municipale depuis 1971 et dont dépend le château de Bity, que le couple a acheté en 1969.
L’épouse du chef de l’Etat Bernadette Chirac conduit sa voiture, une Peugeot 205, le 8 mars 2004 à Sarran, dans le cadre de sa campagne pour les élections cantonales, pour lesquelles elle est candidate à sa propre succession au poste de conseillère générale dans le canton de Corrèze.
De ce statut de ‘femme de’, Bernadette Chirac use et abuse donc sans vergogne depuis quarante ans. Mais il ne serait pas honnête de s’en tenir là. Car, tout le monde l’admet, cette femme issue de la très grande bourgeoisie s’est prise d’une véritable passion pour ‘son’ canton. A Orliac-de-Bar, à Chaumeil, à Meyrignac-l’Eglise, elle connaît chaque rue, chaque maison, chaque famille. ‘Je peux entrer dans n’importe quelle ferme. L’homme me propose de l’eau-de-vie de prune et sa femme hurle [elle imite l’accent corrézien] : ‘Mais enfin, Serge, tu sais bien que Madame Chirac ne boit que de la tisane !’ [elle rit]. Eh bien cela, vous voyez, cela me manquerait terriblement.’ Et, à ce moment précis, son visage s’assombrit. » L’Express du 4 avril 2014
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Author : Anne Marion
Publish date : 2026-06-06 10:39:00
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