Dans Les mots, la mort, les sorts, l’anthropologue Jeanne Favret-Saada décrivait comment les paysans du Nord-Ouest invoquaient la sorcellerie pour expliquer "une catégorie particulière de malheurs, ceux qui se répètent sans raison". Près de cinquante ans plus tard, dans une France hantée par la peur du chômage, le marché du travail semble frappé d’un même sortilège. Jamais les outils de recherche d’emploi n’ont été aussi sophistiqués, jamais l’information n’a été aussi accessible.Pourtant, jamais l’angoisse du déclassement n’a été aussi prégnante. Cette grande peur traverse toutes les classes sociales : cadres menacés par l’intelligence artificielle, ouvriers victimes de la désindustrialisation et




























